Culture
Ouvrage
À travers divers exemples d’écrivains et cinéastes, français et étrangers, cet ouvrage collectif tente de cerner la figure du romancier et de son œuvre, qui se dégage de ces réceptions contemporaines.
Que retiennent, de l’auteur de La Comédie humaine, de son œuvre, les créateurs de notre époque ? Quel dialogue mènent-ils avec elle ? Qu’a-t-elle encore à leur dire ? De quel legs se sentent-ils, vis-à-vis d’elle, redevables, dans un contexte d’héritage souvent empêché du roman ? Dans cet ouvrage, les auteurs s’interrogent également sur la manière dont cette figure hante la littérature et le cinéma de notre temps.

Les auteurs

Cet ouvrage a été rédigé sous la direction de Chantal Massol, professeur en langue et littérature française à l’Université Grenoble Alpes. Ont contribué : Anne-Marie Baron, Hélène Baty-Delalande, Véronique Bui, Christèle Couleau, Francesca Dosi, Catherine Dousteyssier-Khoze, Joëlle Gleize, Marion Mas, Chantal Massol, Susi Pietri, Anne Roche.

Résumés

Joëlle Gleize, « Le Balzac de Michon, saint et petit farceur »
Peu de parenté, à première vue, entre les œuvres de Pierre Michon et celles de Balzac ; celui-ci occupe pourtant une place singulière dans ses écrits, dans des essais qu’il qualifie lui-même de « barbares et peu fidèles ». Pierre Michon dresse de lui un portrait éclaté, ambivalent et subjectif, en forme d’autoportrait indirect, placé sous le signe de l’échec et de l’imposture et où il s’interroge sur l’écriture et le désir où s’origine la littérature. 

Anne Roche, « “Donc, je relis Balzac”. Balzac “relu” par François Bon »
L’auteur d’Après le livre a un Balzac polymorphe : à la fois le témoin de multiples transformations, l’inventeur d’une logique compositionnelle qu’il n’aperçoit qu’après coup, et surtout un guetteur de l’« inconnu du monde ». Bon déconstruit donc la notion réductrice de « roman balzacien ». Mais, lecteur et critique, il est aussi créateur, et il introduit dans son « atelier » le modèle balzacien, pour en démontrer la fertilité par sa propre écriture.

Christèle Couleau, « Michel Houellebecq et Balzac, au milieu du monde »
Michel Houellebecq se réclame volontiers de Balzac, incarnation d’un roman capable d’observer et de rédupliquer le monde, et à force de commentaires, d’en exhumer la cohérence, d’en formuler les lois. Prenant la suite de Balzac, Houellebecq traque à son tour les stigmates de la modernité, ses mots creux, ses espaces faussement familiers. Il explore à sa manière le drame ténu des détails, la tragédie de l’infiniment petit. Il témoigne, enfin, d’une époque troublée par la perte de ses valeurs.

Hélène Baty-delalande, « Jean Rouaud, reconnaissance à Balzac ? »
La référence à Balzac est insistante dans les romans et essais de Jean Rouaud. Incarnation de la puissance dépassée du grand roman réaliste, que la modernité a rendu intenable, Balzac est aussi le nom du drame, l’impossible deuil du père, l’impossible deuil du roman. Il est encore, en mineur, la source d’un élan nouveau, porté par l’art du regard et de la suture.

Marion Mas, « L’ombre de Balzac. Le récit de filiation dans Ma Vie parmi les ombres, de Richard Millet »
L’enjeu de cette contribution est d’analyser le traitement du récit de filiation dans Ma Vie parmi les ombres. Ce schème, central dans le roman balzacien, articule également le roman de Richard Millet. On montre dans quelle mesure la présence de Balzac, dans Ma Vie parmi les ombres, organise une mise en perspective de l’origine suivant les plans individuel, collectif et littéraire, pour poser, de manière originale, la question des garants et de la genèse du sujet dans le monde contemporain.

Chantal Massol, « Une poétique de la revenance. Spectres balzaciens dans Austerlitz de W. G. Sebald »
Grand lecteur du xixe siècle français, l’écrivain allemand Sebald revendique, dans sa dernière prose fictionnelle (Austerlitz, 2001), l’héritage de Balzac, un héritage paradoxal pour une œuvre qui s’écrit sur fond de crise de la transmission. Tentant à sa manière de réparer la rupture de la tradition, l’écriture sebaldienne orchestre la revenance de spectres balzaciens – des personnages, mais aussi des formes et motifs narratifs remodelés et recontextualisés, dans un dialogue critique avec le passé.

Susi Pietri, « Le labyrinthe et le chaos. Un entretien sur Balzac avec Antonio Moresco »
L’écrivain italien Antonio Moresco interroge en même temps l’héritage balzacien et la genèse en acte de sa propre écriture. Dans la perspective complexe de multiples renvois à d’autres grands écrivains-lecteurs de Balzac (de James à Hofmannsthal à Kafka) l’interview explore les possibles d’une véritable lecture-création de l’œuvre balzacienne : La Comédie humaine en tant 245que labyrinthe, œuvre-monde, scène du « nouveau tragique » moderne, espace électif de la métamorphose narrative, excès de l’écriture.

Véronique Bui, « Balzac ou “le Phénix du Ciel”. Dai Sijie : une lecture chinoise de Balzac »
Le roman, largement autobiographique, de l’écrivain chinois Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise, raconte la métamorphose qu’opère, au fin fond du Sichuan, la lecture de Balzac. Grâce à la découverte d’une valise contenant des romans occidentaux interdits, la rééducation subie pendant la Révolution culturelle se transforme, pour les héros, en éducation sentimentale, intellectuelle et poétique.

Catherine Dousteyssier-Khoze, « Chabrol et Balzac, l’œuvre comme mosaïque »
Même si Chabrol n’a pas adapté Balzac au cinéma, sa filmographie est fortement influencée par la Comédie humaine, que ce soit à travers les références à des romans de Balzac (dans Les Cousins et Le Boucher) ou au niveau de sa conception de l’œuvre cinématographique comme « mosaïque ». Cette contribution analyse la manière dont Chabrol offre un miroir à Balzac et montre que la clé balzacienne permet d’apporter cohérence et complexité à une esthétique chabrolienne parfois jugée hétéroclite.

Francesca Dosi, « Trajectoires balzaciennes dans le cinéma de Jacques Rivette »
Dans le cinéma de Jacques Rivette se dessine un réseau complexe de références à La Comédie Humaine. F. Dosi le parcourt dans trois œuvres marquées par une puissante innutrition balzacienne : Out 1, Noli me tangere (1970), film fleuve expérimental centré sur la quête des « Treize », La Belle Noiseuse (1991) qui transpose au présent du tournage le Chef d’œuvre inconnu, et Ne touchez pas la hache (2007), film en costume « fidèle à la lettre » à La Duchesse de Langeais.

Anne-Marie Baron, « Raúl Ruiz et Balzac »
Que d’affinités entre Raúl Ruiz, cinéaste chilien contemporain, et Balzac, l’un de ses romanciers favoris, qu’il cite constamment et adapte volontiers ! 246De Mystères de Lisbonne à La Maison Nucingen, Raúl Ruiz a renouvelé l’art de la narration filmique en s’inspirant moins des intrigues de Balzac que de sa technique romanesque qui juxtapose deux intrigues pour en faire jaillir un sens nouveau et de sa thématique qui recourt volontiers à l’occulte, au spectral, à la double vue.
Mis à jour le  6 avril 2018