Société
Article
"Le consommateur responsable, c’est celui qui dans ses choix essaie de tenir compte des conséquences que sa consommation va avoir sur son environnement, naturel mais aussi social" définit Jean-Luc Giannelloni, professeur de marketing à l’IAE de Grenoble.

Et ces conséquences nous frappent violemment lors d’événements tragiques comme l’effondrement de l’immeuble du Rana Plaza au Bangladesh, en avril 2013 qui causa la mort de plus d’un millier de personnes travaillant dans des ateliers de confection pour diverses marques internationales de vêtements, ou plus près de nous les grèves d’ouvriers suite aux annonces de fermetures d’usines en France pour leur délocalisation à l’étranger. "La consommation éthique et responsable est une préoccupation qui existe depuis longtemps mais on observe une croissance récente et assez netteAujourd’hui, je dirais que 15 à 20% de gens font vraiment attention à ce qu’ils achètent. Dans certains domaines, comme l’alimentation, ils seront plus nombreux. Dans d’autres domaines, comme l’habillement ou la cosmétique, la proportion est moindre mais on sent un frémissement" poursuit le chercheur.

Il n’est cependant pas toujours facile, voire possible, de percevoir les conséquences réelles de nos choix de consommation, d’abord parce qu’elles peuvent ne pas nous impacter nous-mêmes directement, ensuite parce que l’impact peut être éloigné géographiquement ou temporellement. "Les répercussions de nos mauvais choix en terme d’environnement ne se voient jamais immédiatement. C’est pourquoi le «consommer local», le «made in France» ont beaucoup plus de succès aujourd’hui : on peut en voir les conséquences sociales et économiques plus rapidement" complète Jean-Luc Giannelloni. "Et le coût réel n’est pas toujours plus élevé quand on met tout bout à bout : la qualité des produits, le bilan carbone du transport, les aspects sociaux de la production, etc."

De toute façon, d’après lui, le prix n’est pas le véritable frein : "Il y a certes beaucoup de gens qui vont prendre le prix en considération mais pas forcément comme critère principal. Les études sur la sensibilité au prix des consommateurs montrent que seuls 15% vont considérer d’abord et avant tout le prix. En tant que consommateur, nous sommes en permanence en train de faire des arbitrages, entre le prix et d’autres critères. Mais aujourd’hui, dans ces arbitrages, l’aspect local, environnemental, social prend un peu plus de poids chez davantage de gens."

To buy or not to buy

Consommer n’est pas un geste anodin, nos achats sont lourds de significations et de conséquences, liées aux produits que nous choisissons mais aussi aux conditions de leur production. N’ayant peut-être pas toujours le temps ni l’information nécessaire, nous faisons souvent des choix plus économes que réfléchis. Pourtant, choisir en conscience est sans doute la responsabilité qui nous incombe en contrepartie de l’avantage de faire partie des plus riches de cette planète, de ceux qui consomment le plus et qui peuvent se permettre d’arbitrer - quand même un peu, parfois - dans leurs choix

Publié le 25 janvier 2019
Mis à jour le 29 janvier 2019

Vous aimerez peut-être aussi