Nicolas Plain en 2016
Société
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Doctorant à Grenoble, il interviewe en parapente des spécialistes du climat pour informer le grand public sur le réchauffement de la planète et les solutions existantes.
Front dégagé et large sourire, Nicolas Plain irradie d’enthousiasme et d’énergie. Ce polytechnicien de 25 ans fait actuellement une thèse à Grenoble au sein du Laboratoire d’économie appliquée de Grenoble (GAEL) et de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE). En 2015, il crée avec Marine Brunet, étudiante en droit de l’environnement, droit international et européen, « En l’Air pour la Terre », une association qui œuvre à la vulgarisation scientifique sur internet. Ses thèmes de prédilection : le changement climatique et les énergies renouvelables. « Les scientifiques sont quasi absents des réseaux sociaux alors que les climato-sceptiques y sont très actifs et publient des articles qui refont surface de manière cyclique tous les deux-trois mois grâce aux partages des internautes », constate-t-il. Dans ce contexte, comment démentir efficacement les fausses informations qui circulent ? Pour le jeune homme, il faut amener la science sur les réseaux sociaux et donner directement la parole aux spécialistes du climat, via des vidéos. « Pour toucher les jeunes et faire le buzz, il fallait quelque chose de ludique, d’impressionnant. » Adepte du vol libre, il décide de concilier ce projet avec sa passion pour le parapente. 

Construire une nouvelle société

Avant de faire de la recherche, Nicolas Plain se destinait à être pilote de chasse. Après deux ans de classe préparatoire, il intègre l’X : la prestigieuse école lui permet de rejoindre l’armée de l’air pendant un an. Dans le cockpit d’un avion de chasse, il touche à son rêve… Et s’en guérit. Évanoui le « sentiment de puissance » ressenti dans l’engin, il s’aperçoit que le métier, qui exige d’appliquer de multiples procédures, ne lui correspond pas. Il lui faut quelque chose de plus stimulant intellectuellement. Il s’oriente vers un master en sciences du climat, sans renoncer à voler pour autant. Le parapente découvert en 2012 lui procure un « sentiment de liberté énorme ». Si sa thèse sur les micro-réseaux d’électricité renouvelable pour l’électrification rurale en Afrique subsaharienne montée avec Schneider Electric et « En l’Air pour la Terre » occupent maintenant l’essentiel de ses journées, il saisit chaque occasion de voler pendant son temps libre.

Nicolas Plain espère sensibiliser le grand public au sujet du changement climatique avec ses vidéos où les scientifiques expliquent leurs travaux dans les airs, à flanc de falaise. Bien avant le vol, il prépare questions et réponses avec les chercheurs, veillant à suivre le cap de la vulgarisation, traquant le jargon scientifique. Le bilan aujourd’hui est encourageant : plus de 40 interviews de spécialistes venant de 15 pays différents ont été réalisées. Les vidéos postées sur Facebook touchent jusqu’à 30 000 personnes par semaine. « Sans compter celles vues sur YouTube, Instagram, Twitter ou notre site internet », précise-t-il. Le jeune homme fait aussi des conférences sur le développement durable dans les entreprises, les collèges et les lycées. « On montre aux élèves qu’en s’orientant vers ces thématiques, ils trouveront toujours du travail. C’est tout un marché qui s’ouvre et qui est en très forte croissance. Il faut voir le changement climatique non comme un problème, mais comme une chance de construire une nouvelle société basée sur une économie décarbonée qui offre de vraies opportunités. »



Une des vidéos réalisées par Nicolas Plain : "Les alpages et le changement climatique"

Chacun a sa carte à jouer

Lui qui, depuis l’enfance, s’émerveille de la beauté du monde, a développé une conscience aiguë de sa fragilité : « L’équilibre peut être cassé. » Réfugiés climatiques, espèces menacées, fonte de la banquise… Aux mauvaises nouvelles qui, quotidiennement ou presque, font craindre pour l’avenir de la planète, il oppose pourtant un optimisme inébranlable : « On n’a qu’une vie et voir le bon côté des choses nous permet de garder l’énergie et la motivation nécessaires pour trouver des solutions innovantes. » Sa récente expérience auprès du cabinet de Ségolène Royal avec l’équipe interministérielle de la COP 21 l’a renforcé dans l’idée que chacun a sa carte à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Porté par cette intime conviction, il ne désarme pas. « Parfois, quand certaines choses nous dépassent comme l’élection de Donald Trump, on est tenté de baisser les bras. Mais je crois que nous avons réellement les moyens d’agir. Cela demande juste du travail et de la persévérance. » Les deux seuls ingrédients indispensables selon lui pour « changer le monde ». 
Publié le 14 juin 2017
Mis à jour le 22 janvier 2018

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