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Entretien réalisé à Grenoble auprès de Jean-Luc Jaffrezo, spécialiste de la chimie de l’atmosphère et directeur de recherche CNRS. Il conduit ses travaux au sein de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE), un laboratoire membre de l’OSUG, l’Observatoire des sciences de l’univers de Grenoble.

Comment la voiture contamine-t-elle l’air ?

Jean-Luc Jaffrezo D’une part, il y a les émissions directes, celles qui sortent du pot d’échappement et qui sont des émissions gazeuses et particulaires, comme le CO2, les NOx ou le carbone suie. Le CO2  aux concentrations que l’on mesure généralement, n’est pas dangereux pour la santé, mais il est nocif pour l’environnement, car c’est un gaz à effet de serre. En tant que tel, il participe au changement climatique. Les NOx et le carbone suie sont des polluants qui peuvent avoir des conséquences sanitaires. Il y a aussi des composés organiques volatils, les imbrûlés, qui se modifient dans l’atmosphère et peuvent former des particules. D’autre part, il ne faut pas oublier les émissions véhiculaires indirectes liées à l’usure des freins et des pneus, et celles qui sont liées au ré-envol des poussières déposées sur la route. 

On a accusé les véhicules diesel d’être trop polluants. Est-ce toujours le cas ?

J.-L. J. Les émissions particulaires à la source, c’est-à-dire au pot d’échappement, des véhicules modernes ont beaucoup été réduites grâce aux filtres à particules, qui sont extrêmement efficaces. Un véhicule récent émet 1 000 à 10 000 fois moins d’émissions directes que des diesels anciens d’une bonne dizaine d’années. En fonctionnement permanent, ces véhicules récents émettent très peu de particules dans l’air. Par contre, les scientifiques ne savent pas encore exactement ce qui se passe au moment de la régénération du filtre. Il se pourrait qu’il se produise une réémission du « cake », le gâteau de particules qui se forme sur le filtre, quand il entre en combustion tous les  quelques milliers de kilomètres. 

La limitation de vitesse et la circulation alternée lors des pics de pollution,  sont-elles des mesures efficaces pour réduire la pollution de l’air dans les villes?

J.-L. J.  En roulant à de faibles vitesses ou au contraire à des vitesses très élevées, les véhicules émettent beaucoup plus des différents polluants. Il y a un optimum à trouver, qui dépend de beaucoup de choses, mais globalement se situe autour des 60, 70, 80 km/h selon les types de véhicules. Il est clair aussi que la remise en suspension des poussières du sol est plus forte quand on roule à des vitesses élevées, parce qu’on crée plus de turbulences. Les pneus aussi s’usent plus vite. Donc, effectivement, en limitant la vitesse, on réduit les émissions de particules. Les nouvelles règles de limitation de circulation en période de dépassement des normes de qualité de l’air visent à diminuer les émissions de particules en limitant notamment la circulation des diesels anciens. Mais, il faut bien savoir qu’à Grenoble, jusqu’à 60% de la pollution particulaire en hiver, lors des épisodes les plus forts, est la conséquence des feux de cheminée non performants. Cela signifie qu’en s’attaquant aux émissions de polluants véhiculaires, on joue sur une partie importante de cette pollution particulaire, mais que des actions complémentaires doivent être prises pour le chauffage individuel. La situation d’été est différente, avec la « pollution photochimique », qui résulte de transformations des espèces primaires (émises directement, entre autres par les véhicules) en espèces secondaires (gaz ou particules) sous l’effet des radiations solaires. Ces espèces secondaires incluent en particulier l’ozone. Bien sûr, le chauffage individuel au bois n’est alors plus en cause.

Le véhicule électrique est-il la solution à la pollution de l’air ?

J.-L. J. Le véhicule électrique n’est un véhicule propre qu’en ce qui concerne les émissions directes. Les émissions liées au freinage, à l’usure des pièces mécaniques, des pneus, et bien sûr au ré-envol des poussières de route existent toujours pour ces véhicules électriques. Avec le véhicule électrique, il y aura toujours une consommation d’énergie, il y aura une chaîne de fabrication et de recherche des matériaux tels que les batteries lithium-ion, avec une industrie minière, une industrie de transport du minerai, etc. Mais la chaîne de production de l’énergie sera concentrée sur certains points, ce qui facilitera le traitement des déchets. Cela dit, le développement des transports en commun est aujourd’hui la façon la plus performante de lutter contre les émissions véhiculaires.
Publié le 14 juin 2017
Mis à jour le 12 juin 2017

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