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De plus en plus de femmes pratiquent le football, le rugby, la boxe. Le sport féminin est de plus en plus présent dans les médias. Le statut de professionnel, les postes d’entraineurs, d’arbitres, de direction de clubs et de fédération, de journalistes et de commentateurs sportifs, même la fonction de ministre des sports, sont accessibles aux femmes. Et pourtant...

Pour Guillaume Vallet, économiste et sociologue au Centre de recherche en économie de Grenoble (CREG), l’égalité est très loin d’être atteinte : "Le terrain est plus ouvert pour les femmes et beaucoup d’entre elles font bouger les lignes. Mais, il faut se méfier de l’«égalité élitiste» : ce n’est pas parce que l’on voit une femme à un poste où il n’y en avait pas avant que la voie est ouverte pour toutes les autres femmes. Il ne faut pas croire que l’évolution de la place de certaines modifie fondamentalement la logique d’ensemble du système."

Les avancées ne seraient donc que superficielles pour le chercheur, le sport féminin n’étant aujourd’hui mis en avant que pour mieux légitimer le "vrai" sport, celui pratiqué par les hommes, que les médias ont d’ailleurs rarement besoin de qualifier de "masculin".

Le risque est alors de tomber dans ce que la sociologue Christine Delphy appelle "le mythe de l’égalité déjà-là", et de croire que les inégalités d’autrefois n’existent plus, puisqu’en théorie, les femmes ont accès à tous les sports, à toutes les fonctions… L’idée sous-jacente est bien sûr que si elles n’y parviennent pas, si elles sont moins médiatisées, moins payées, c’est qu’elles sont moins performantes, moins compétentes que les hommes. "Ce n’est évidemment pas si simple et si l’on considère que le problème de l’égalité est déjà résolu, on maintient un système qui reste profondément inégalitaire" met en garde le chercheur. "Dans le sport, la domination masculine perdure sous d’autres formes, mais elle perdure."

Pour Guillaume Vallet, la question mise en exergue par le sport où la catégorisation femme/homme est la règle, est donc évidemment celle du genre : "Il ne s’agit pas de nier les différences biologiques entre les hommes et les femmes mais plutôt de s’interroger sur leurs utilisations sociales. Nous avons quand même réussi à faire de ces différences des facteurs explicatifs d’inégalités de positionnement dans tous les champs de la société. Les études de genre, qui analysent les rapports sociaux entre les sexes, sont potentiellement une chance pour réfléchir aujourd’hui à de nouvelles façons de concevoir les relations entre individus» estime le chercheur.

Et les belles valeurs véhiculées par le sport devraient en faire un espace privilégié pour cela. "Évitons les cloisonnements inutiles" conseille le chercheur. Et cela pourrait commencer par davantage d’épreuves et de compétitions mixtes, à des niveaux ou dans des disciplines où la séparation femme/ homme n’est pas indispensable…

Plus de sportives mais toujours des inégalités

De nombreuses inégalités subsistent entre les hommes et les femmes dans le domaine sportif et le sexisme y prend de multiples formes, ordinaires, médiatiques, salariales... Mais que de chemin parcouru et de combats gagnés par les femmes pour accéder à toutes les disciplines, aux compétitions internationales et aux métiers du sport, pour gagner en légitimité et en reconnaissance, et pour pénétrer les instances sportives ! Malgré les mesures en faveur d’une plus juste représentation des femmes dans le sport, comme les quotas imposés aux instances dirigeantes des fédérations ou la charte olympique adoptée en 2007 affirmant un principe d’égalité entre les hommes et les femmes, celle-ci reste encore un objectif à atteindre. En légitimant une certaine supériorité masculine, le sport se fait finalement le miroir grossissant des inégalités sexuées de notre société. Mais c’est aussi un espace où la séparation femmes/hommes devrait être questionnée, et où plus de mixité pourrait être mise en place, dès le plus jeune âge, pour lutter plus efficacement contre des stéréotypes genrés qui s’ancrent très tôt.

Publié le 7 juin 2019
Mis à jour le 4 juin 2019

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