Chaque enfant avance dans la découverte de la lecture et des livres à un rythme qui lui est propre. Shutterstock
Chaque enfant avance dans la découverte de la lecture et des livres à un rythme qui lui est propre. Shutterstock
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Il n’y a pas un seul chemin vers la lecture, mais de multiples voies à emprunter en fonction du caractère de chaque enfant. Explications.
Cet article a été écrit avec la contribution de Céline Simler, professeur-documentaliste en collège.


Comment susciter le goût des livres chez les enfants ? C’est une question que se posent de nombreux professionnels et parents et à laquelle il n’y a pas qu’une mais une multitude de réponses. En effet, chaque enfant est différent et aura besoin d’incitations diverses dans son parcours vers la lecture.

La première recommandation des spécialistes est de ne pas craindre de sensibiliser tôt les enfants à l’univers du livre. Même les bébés y sont réceptifs, et apprennent par les livres, comme l’explique l’autrice de littérature de jeunesse Colette Barbé-Julien dans Tout-petits déjà lecteurs : « Les livres aident le petit dans tous ses apprentissages : parler, se préparer à apprendre à lire et à écrire (beaucoup plus tard !), observer les images en tant qu’objet esthétique et en tant que représentation du monde. ».

Les livres transmettent aux plus jeunes des informations sur leur monde et les aident à développer leur imaginaire. Entre les livres-jouets, les livres en tissu, en plastique (pour le bain par exemple), en carton, les livres animés (pop-up), ou même les livres sonores, le choix est vaste.

Le plus important est de prendre l’enfant au sérieux et de le stimuler intellectuellement : choisir des histoires qui proposent du vocabulaire nouveau, avec de l’humour ou de l’aventure, ou encore des histoires étonnantes, captivantes avec des dessins riches et stimulants.

Des lectures à partager

La lecture à haute voix développe de nombreuses capacités chez l’enfant : le langage à la fois en termes de vocabulaire et de structures grammaticales ainsi que la différence entre langage parlé et écrit, la compréhension de la structure narrative d’une histoire (début, milieu et fin), le fait qu’un livre doit se lire dans un sens particulier, et à partir de trois ou quatre ans, la capacité à reconnaître certaines lettres puis suites de lettres. La lecture à haute voix est aussi associée à une meilleure mémorisation, en permettant de faire vivre le texte et de créer un lien entre adulte et enfant autour de la lecture.

Même quand l’enfant sait lire il ne faut pas arrêter la lecture à haute voix, celle-ci permet à l’enfant de découvrir des ouvrages qui seraient trop compliqués en lecture seule et de continuer le partage du monde littéraire.

Il faut aussi garder à l’esprit qu’un enfant découvre le monde qui l’entoure grâce à ses parents en premier lieu et aura envie de copier leurs comportements. Un enfant qui voit autour de lui des adultes lire aura beaucoup plus envie d’aller prendre un livre qu’un enfant qui n’a ni un accès facile aux livres ni d’adultes qui montrent l’exemple en lisant devant lui.

On peut citer le travail de l’association « Lire et faire lire » qui intervient dans de nombreuses structures (établissements scolaires, structures « petite enfance », bibliothèques, associations socioculturelles, accueils de loisirs, structures médico-sociales) pour permettre aux enfants d’entendre des histoires et de se plonger dans le monde des livres.

Des défis ludiques à relever

Les enseignant·e·s, documentalistes, bibliothécaires, libraires et tous les professionnels du monde du livre ont à cœur de donner envie de lire aux enfants, aux adolescents et aux adultes et encouragent de nombreuses activités comme les rallyes lecture, les rencontres avec les auteurs ou les clubs de lecture.

Depuis quelques années, les établissements scolaires ont commencé à mettre en place un nouveau dispositif appelé « Silence, on lit ! ». Originaire d’une expérience menée au lycée Tevfik Fikret d’Ankara en 2001 ce dispositif met en place des périodes de 15 minutes de lecture tous les jours à la même heure (souvent juste après la pause déjeuner). Pendant ce quart d’heure, chaque élève doit lire un livre, soit qu’il a emprunté au CDI, soit qu’il rapporte depuis chez lui.

Ce temps est donc un temps de lecture à la fois individuel et collectif qui permet aux élèves d’être complètement immergés dans la lecture sans distractions extérieures. Le choix de livre est laissé complètement libre (livre, BDs, album, revue etc.) et un élève peut changer de livre s’il le souhaite pendant ce quart d’heure, mais il doit lire.

« Silence, on lit ! » (France 3 Normandie, 2017).


Cette initiative a l’avantage de toucher tous les élèves, qu’ils aiment lire ou pas et aide ceux qui n’ont pas encore développé l’appétit de lire à goûter aux plaisirs de la lecture dans un contexte rassurant. La lecture devient une véritable lecture plaisir dans le milieu de l’école, sans le caractère parfois punitif des contrôles de lecture ou commentaires et dissertations à écrire.

Mis en place depuis 2017 en France, ce dispositif touche de plus en plus d’établissements scolaires mais peut aussi être développé dans d’autres lieux tels que les entreprises, universités, maisons de retraite, collectivités, etc.

Suggestions de lecture

Depuis les années 1980, de nombreux livres ont été écrits avec le but premier de réconcilier les enfants avec la lecture. Ce thème a commencé dans le monde anglophone avec des titres maintenant classiques tels que J’aime les livres de Anthony Browne (titre original : I like books publié en 1988) ou J’aime pas lire ! de Rita Marshall et Etienne Delessert (titre original I Hate to Read ! publié en 1992). Ces deux ouvrages permettent au jeune enfant de découvrir la variété de trouvailles qu’on peut faire en bibliothèque : des livres drôles aux livres étranges, jusqu’aux livres d’aventure.

Plus récemment, deux beaux albums ont étés publiés en langue anglaise, Le Roi de la bibliothèque de Michelle Knudsen et Kevin Hawkes (2007, titre original : Library Lion) et C’est un livre de Lane Smith (2010, titre original It’s a Book). Le premier titre est un album grand format qui amène le jeune lecteur à s’approprier les codes de la bibliothèque via les aventures d’un lion. Les illustrations sont très détaillées, le texte est aéré et l’histoire est émouvante. Le second album explique avec humour ce qu’est un livre grâce à une conversation rythmée entre un singe et un âne.

Pour les plus grands, d’autres ouvrages s’adressent aussi aux lecteurs récalcitrants comme À bas la lecture ! de Didier Lévy. Le texte est simple, rempli de blagues pour le jeune enfant (et pour l’adulte), et la mise en page ainsi que les illustrations bicolores sont travaillées pour que chaque double page soit complètement différente de la précédente. Ces changements visuels brisent la monotonie de la lecture et permettent de faire de nouvelles découvertes à chaque changement de page.

Halte aux livres !

Halte aux livres ! de Brigitte Smadja suit l’histoire de Basile, un garçon qui n’aime pas les livres mais qui en reçoit pour chaque anniversaire. Il réfléchit donc à des plans pour se débarrasser de toute cette paperasse qui l’encombre : pourquoi ne pas les transformer en pied de lampe ou même les faire manger à sa sœur ? Écrit sur le ton de l’humour et illustré par Serge Bloch cet ouvrage détaille de façon touchante les problèmes que rencontrent les enfants qui n’aiment pas la lecture.

Ceux qui n’aiment pas lire de Rachel Corenblit joue aussi sur un personnage qui déteste les livres et qui est obligé d’aller à la bibliothèque toutes les semaines. Pour se venger, il crée le « club de ceux qui n’aiment pas lire » et ensemble ils vont ourdir un plan pour se venger sur les livres. Les illustrations en noir et blanc de Julie Colombet créent une atmosphère assez sombre et mettent en lumière cette haine du livre qui se dégage des personnages. Ces ouvrages peuvent permettre à l’enfant de mettre des mots et des images sur ses sentiments et peuvent ouvrir la discussion sur la place des livres et de la lecture.

Et bien sûr il ne faut pas oublier que les bandes dessinées font partie intégrale de la lecture pour les jeunes et les moins jeunes. L’important est que la lecture reste un plaisir !

Et quand ce n’est pas assez ?

Chaque enfant avance dans la découverte de la lecture et des livres à un rythme qui lui est propre. Un refus initial ne présuppose pas de refus tout court et il faut user de patience envers un enfant qui n’aurait pas envie de lire tout de suite. Mais, parfois, cela peut cacher d’autres problèmes d’apprentissage. La dyslexie est un trouble ou une altération de la lecture qui « entraîne une lecture généralement hésitante, ralentie, émaillée d’erreurs qui a pourtant exigé beaucoup d’efforts ».

En plus d’un suivi par des professionnels, il est possible de présenter à l’enfant des livres qui proposent une lecture facilitée tels que ceux de la collection « dyscool », avec une police très lisible, une mise en page aérée ; les mots difficiles sont non seulement définis en bas de page mais surtout coloriés par syllabe pour aider l’enfant à les déchiffrer. On peut par exemple recommander Le buveur d’encre d’Éric Sanvoisin qui suit les mésaventures d’un petit garçon, fils de libraire, mais qui n’aime pas lire, jusqu’à sa rencontre avec un buveur d’encre !The Conversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Publié le 3 novembre 2020
Mis à jour le 5 novembre 2020

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