ORLAN © Roberto Battistini, Author provided.
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Dans le cadre du Festival des Idées, consacré cette année à "L’amour du risque", l’artiste ORLAN répond aux questions du physicien Joël Chevrier, autour de son rapport à la sphère scientifique.

Cette interview est publiée dans le cadre de la deuxième édition du Festival des idées, qui a pour thème "L’amour du risque". L’événement, organisé par USPC, se tient du 14 au 18 novembre 2017. The Conversation est partenaire de la journée du 16 novembre intitulée "La journée du risque" qui se déroule à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco).


Joël Chevrier : Corps, arlequin, biotech, chirurgie… : quel rapport ORLAN entretient-elle avec les scientifiques ? Où sont les frontières entre expérience artistique et expérimentation scientifique ?

ORLAN : Je m’intéresse au rapport art et science, au médical, aux biotechnologies, au corps augmenté, et la réalité augmentée. Depuis deux ans, j’ai eu l’occasion de travailler avec plusieurs scientifiques pour faire des œuvres à partir de mon microbiote (flore buccale, intestinale, vaginale… ). Pour ce faire j’ai travaillé avec sup’biotech, polytechnique pour les images et l’institut pasteur pour un nouveau projet crée par Fabrice Hybert.

Opérations-Chirurgicales-Performances, Lecture et Passage à l'acte, Opération-Chirurgicale-Performance n°4 dite opération réussie du 8 décembre 1990, 1990, Cibachrome dans diasec vacuum, 115 x 169 cm ORLAN


Il y a des frontières entre l’expérience artistique et expérimentation scientifique mais il existe aussi de nombreuses passerelles et de porosités. Et beaucoup de scientifiques ont des comportements d’artistes qui participent à la recherche l’élaboration, et travaillent avec de l’intuition.

Aussi bien du côté des artistes que des scientifiques, il nous faut faire beaucoup d’efforts pour comprendre le langage que chacun emploie pour pouvoir travailler ensemble et pointer ensemble des endroits où notre compréhension des domaines différents nous permet de mettre en perspective nos habitudes de recherche et je pense qu’actuellement la recherche artistique change moins le monde que les découvertes scientifiques et médicales de notre époque qui réellement posent des questions sur le statut du corps.

J.C : Faut-il bouger pour exister, pour habiter le monde, pour être humain ?

ORLAN : L’immobilité est un commencement de mort. Bouger fait partie de la vie tout ce qui est en nous bouge, autour de nous tout bouge et depuis que nous avons les moyens de traverser le monde par des moyens de locomotion appropriés nous savons qu’en dehors des frontières souvent arbitrairement mises en place le monde est notre monde. Et visiter ce monde – et pas uniquement par Internet – avec notre véhicule corps, ses perceptions, ses émotions, ses sens nous permet de le comprendre mieux et de nous comprendre mieux nous-mêmes. 

Corps-Sculptures. Tentative de sortir du cadre avec masque et un seul bras, version 3, 1965, Photographie Noir et Blanc 140 x 120 cm ORLAN

 
J.C : À l’heure des projets d’IA connectée au cerveau humain, menés par exemple par Elon Musk, quel sens donner à l’hybridation ?

The ConversationORLAN : L’intelligence artificielle est l’outil le plus perfectionné que l’humain ait créé, il s’est hybridé avec sa propre invention. Je ne suis ni technophile, ni technophobe, le problème est l’humain et ce qu’en fera l’idéologie dominante du moment. Ce ne sont pas les nouvelles technologies qui sont dangereuses mais l’utilisation que l’humain en a.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.



Publié le 13 novembre 2017
Mis à jour le 14 novembre 2017

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