Sylvain Nguyen en 2017 © Pablo Chignard
Sylvain Nguyen en 2017 © Pablo Chignard
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Passionné de musique, cet ancien étudiant en mathématiques appliquées et informatique, s’est fixé pour défi de faire vibrer tous les publics avec la 1re édition du festival Holocène.
La petite équipe d’Holocène a élu domicile au 138 cours Berriat, en lieu et place d’une ancienne boulangerie. Dans ces locaux neufs où l’odeur du pain chaud n’est qu’une réminiscence, Sylvain Nguyen, co-fondateur de la société de production Le Périscope, ne vit plus ces derniers jours que pour l’organisation du nouveau festival de musique qui promet de réchauffer la scène grenobloise en cette période de grand froid. "On aurait pu rester dans notre zone de confort, faire nos tournées, mais on a choisi de se lever tous les matins pour coller des affiches et tracter. J’aime prendre des risques ! Quand on a une passion comme la musique, il faut être prêt à aller un peu plus loin que la raison", s’enflamme-t-il.

Du vent dans la voile

À 41 ans, Sylvain Nguyen n’en est pas à son premier pari. Il découvre la guitare électrique à l’âge de 12 ans et pratique huit heures par jour après les cours. La musique est une "révélation", mais ses parents l’encouragent à poursuivre ses études. Après cinq ans passés à l’Université Grenoble Alpes (ex Joseph Fourier) en mathématiques appliquées et informatique, il renonce à obtenir son diplôme, un mois avant la fin de la licence, pour aller travailler dans une maison de disques à Paris. "Mon directeur avait aménagé mes horaires pour que je puisse partir en tournée avec mon groupe de métal pendant l’année. Quand il a su que je voulais arrêter mes études, il m’a convoqué. Je m’attendais à ce qu’il me recadre. Pas du tout, il m’a dit des mots supers : ‘Vous avez raison de faire ce que vous voulez dans la vie ! Et si ça ne marche pas, si vous voulez revenir, je vous reprends.’ Avec ça, on a du vent dans la voile pour avancer." Finalement, Paris ne tient pas ses promesses. La nature manque à ce Grenoblois de naissance épris de montagne. Une nouvelle fois, il lâche tout. Sans filet, cette fois. "J’avais une bonne place, mais vendre des disques derrière un téléphone, c’était pas mon truc. J’ai besoin de vivre le live, le rapport aux musiciens. J’ai dit stop, je suis revenu à Grenoble."

Nous sommes en 2001. Sylvain retrouve Alex Aujolas, l’un des fondateurs de Rocktambule, le festival qui, pendant 22 ans, a marqué le paysage culturel grenoblois jusqu’à sa dernière édition en 2015. "On en avait assez des compromis, de ne pas bosser comme on voulait, alors on a décidé de monter notre boîte." Les débuts du Périscope sont très durs. "Je te laisse imaginer comment tu es accueilli quand t’as les cheveux longs et rasés sur le côté et que tu débarques dans une maison de disques à Paris habillé en Quechua ! On te prend pour un paysan, on ne te lâche aucun dossier. Il a fallu faire nos preuves."

Show-biz vs efficacité

Sylvain et Alex commencent avec des groupes du cru. "On a eu la chance de rencontrer notre troisième associé, Nicolas Schauer, le batteur des Wampas, qui est régisseur professionnel. On a commencé à rencontrer des groupes plus connus comme Parabellum, pour qui on a fait le retour sur scène." Punk, rock, électro… Le Périscope fait tourner les groupes. La machine est lancée. "L’avantage d’être à Grenoble et pas à Paris, c’est qu’on ne va pas à toutes les soirées. On peut se lever plus tôt le matin, note-t-il. Aujourd’hui, on travaille avec des artistes comme Fréro Delavega ou Joyce Jonathan qui passent à la télé. S’ils restent avec nous, c’est parce qu’on a compensé le côté show-biz par l’efficacité." Ce qui anime Sylvain Nguyen par-dessus tout : accompagner les artistes pour les emmener "un peu plus loin". "Je ne dis pas de monter dans le bus avec eux, on n’est pas des groupies ! Je parle de forger des carrières. Ça, c’est gratifiant !" La rencontre du Périscope avec le groupe girondin Fréro Delavega est emblématique. "Quand on les a pris, ils étaient à peine connus. On est parti de zéro. Ils ont failli arrêter, mais la tournée qu’on leur a mise les a fait tenir et puis, derrière, boum, ça a explosé. Parce qu’on a toujours été avant les autres. On n’avait pas les plus gros médias avec nous, mais on a été les premiers à les mettre en zénith, les premiers à faire un Bercy."

En montant le festival Holocène à Grenoble, Sylvain Nguyen et l’équipe du Périscope espèrent que le public suivra, comme les artistes et les salles qui leur ont fait confiance. "À notre échelle, on essaie de montrer qu’on peut être né ici, y avoir étudié, et, en se donnant les moyens, réaliser ses rêves. On a la chance d’être dans une ville où on arrive à faire des choses."
Publié le 24 février 2017
Mis à jour le 4 mai 2017

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