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En quelques décennies, en France, le nombre de femmes pratiquant un sport a considérablement augmenté. Alors qu’elles n’étaient que 22% en 1967 recensées comme sportives "régulières ou occasionnelles", elles sont 45% en 20151 (contre 50% des hommes). Cependant, toutes fédérations confondues, les femmes ne représentent aujourd’hui que 38% des licenciés.

Mais bien que toutes les activités sportives leur soient en théorie accessibles, les pratiques restent encore très genrées se faisant le reflet de stéréotypes bien ancrés. De nombreux sports, comme la danse, la  gymnastique, l’équitation demeurent très majoritairement pratiqués par les femmes, tandis que d’autres, comme le football ou le rugby sont encore des bastions masculins. Si la pratique sportive semble par certains aspects de plus en plus se féminiser, le chemin est en réalité long et semé d’embûches.

La lente féminisation du sport

"Le sport moderne émerge en Europe avec le capitalisme dans la seconde moitié du 19e siècle" raconte Guillaume Vallet, économiste et sociologue au Centre de recherche en économie de Grenoble (CREG). "Créé par des hommes et pour des hommes, le cadre dans lequel il se développe est marqué dès son origine par la domination masculine." Et d’emblée, les femmes en sont exclues, du fait de leur "fragilité" physique, leur manque de combativité ou la «virilité» de certaines disciplines.

"L’idéologie largement répandue à l’époque, véhiculée notamment par les médecins, est que le corps des femmes n’est pas adapté à la pratique intensive d’un sport et surtout qu’il doit être préservé pour la maternité" complète Natalia Bazoge, chercheuse UGA en histoire du sport au laboratoire Sport et environnement social (SENS). Un discours médical qui freinera longtemps la féminisation de certains sports, comme l’illustre l’histoire des Jeux Olympiques. "Les femmes sont admises aux Jeux depuis 1900 mais au début, elles ne pratiquent, en démonstration, que des sports compatibles avec leur féminité comme le tennis ou la natation, dans le souci de protéger leur corps, mais aussi de respecter la décence et d’éviter tout effort trop violent" continue la chercheuse.  

À l’origine de la rénovation des Jeux, Pierre de Coubertin était très hostile à la participation des femmes. Elles ne seront autorisées en compétition officielle qu’à partir de 1928, après sa démission du CIO et grâce notamment à la ténacité d’Alice Milliat. Présidente de la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF), cette militante crée en 1921 la Fédération sportive féminine internationale (FSFI) et va jusqu’à organiser en 1922 les premiers Jeux mondiaux féminins.

Par la suite, d’année en année, les épreuves ouvertes aux femmes aux JO se multiplient : tir à l’arc, escrime, athlétisme, ski, volley-ball jusqu’à l’haltérophilie en 2000, la lutte en 2004 et enfin la boxe en 2012.

Mais si aujourd’hui plus aucune discipline ne leur est interdite (alors que la gymnastique rythmique et la natation synchronisée n’ont toujours pas d’épreuve masculine), on est encore loin de la parité. Sûrement parce que les attendus sociaux - de ce qu’est une femme, de ce qu’est un homme - pèsent encore très lourd dans le choix des pratiques sportives des unes et des autres. "Les filles choisissent encore des activités mettant en avant la grâce, l’esthétique, la souplesse, l’agilité plus que la force, la vitesse ou le contact. Toutes ces activités auxquelles on associe des qualités identifiées socialement comme féminines vont se féminiser plus vite, tandis que les activités qui sont plutôt associées à la masculinité se féminisent très lentement" constate Natalia Bazoge.

Publié le 7 juin 2019
Mis à jour le 11 juin 2019

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