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Pierre Beck est géologue planétaire à l’Institut de planétologie et d'astrophysique de Grenoble. Il a reçu la médaille de bronze du CNRS en 2015.

La boite à questions

Qu’est-ce que l’étude des météorites nous apprend sur la planète Mars ?

Pierre Beck La majeure partie de la masse des météorites ordinaires qui tombent sur Terre sont des chondrites ordinaires. Mais il y a une famille de météorites qui est beaucoup plus rare : les météorites martiennes. Cela a été un de mes sujets de recherche de thèse, un sujet que j’ai prolongé même après ma thèse. J’ai utilisé ces météorites martiennes pour retracer l’histoire de la planète rouge. Un certain nombre de ces météorites nous ont renseigné en particulier sur l’origine de la couleur de Mars.

La spectroscopie infrarouge est votre méthode d’analyse de prédilection. En quoi consiste-t-elle ?

P. B. C’est une technique optique qui a l’avantage de pouvoir être utilisée à distance, en télédétection. La lumière peut parcourir des distances énormes, des unités astronomiques. On peut via cette technique observer des objets situés à des dizaines de milliards de kilomètres de la Terre. Ce sur quoi je travaille, c’est ce qu’on appelle de la spectroscopie en réflectance. La lumière du Soleil éclaire les objets du système solaire. On regarde cette lumière réfléchie par leur surface. Suivant la composition chimique de cette surface, suivant ce qui est présent dans cette surface, suivant la minéralogie, si vous avez de l’eau, si vous avez certaines familles de minéraux, on  aura des absorptions, on aura en quelque sorte des couleurs liées à cette minéralogie. Je caractérise ces échantillons de laboratoire, je mesure des spectres en laboratoire et je compare aux observations soit depuis la Terre, soit des missions spatiales. C’est l’une de mes activités principales.

Vous participez à des missions spatiales. Quel est votre rôle dans Rosetta ?

P. B. J’ai collaboré sur l’instrument Virtis qui est un instrument situé sur l’orbiteur. J’ai comparé les spectres mesurés par VIRTIS à nos mesures sur les météorites pour comprendre si la matière située sur les comètes était similaire à celle qui constitue les météorites. La réponse est non. Ce qui me stimule en ce moment, ce sur quoi j’espère travailler dans les années à venir, c’est de chercher à comprendre pourquoi ces objets sont si sombres. Les comètes sont les objets les plus sombres du système solaire. Il n’y a que quelques pour cents de la lumière qui arrive qui est réfléchie. C’est quelque chose qui reste assez énigmatique aujourd’hui.

Vous avez aussi un rôle dans la mission du rover Curiosity envoyé sur Mars…

P. B.J’ai rejoint en 2014 l’équipe de l’instrument CHEMCAM qui étudie les roches martiennes depuis Mars via une technique, la spectroscopie LIBS, qui permet d’avoir une idée de la composition chimique des roches environnantes. Nous sommes aussi impliqués avec mes collègues à Grenoble dans SUPERCAM, une version élaborée de CHEMCAM qui permet de mesurer deux choses en plus : des spectres infrarouge et Raman. C’est un instrument très versatile, avec beaucoup de potentiel. Cette mission est très intéressante puisqu’elle a pour objectif de détecter des biosignatures, c’est-à-dire des traces liées à la vie. Cet instrument équippera le véhicule de la mission Mars 2020.
Publié le 17 mai 2016
Mis à jour le 8 février 2017

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