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Sarah Duché est géographe à l’Institut de géographie alpine. Elle fait ses recherches au sein du laboratoire "Politiques publiques, action politique, territoires" (PACTE) et nous parle des capteurs citoyens qui permettent de mesurer notre exposition à la pollution de l'air.


La boite à questions

 

Qu’est-ce qui vous a conduite à vous intéresser à la thématique de la pollution de l’air ?

Sarah Duché : Ma thèse portait sur la perception de la pollution de l’air et l’exposition des touristes en Ile-de-France. Au cours de ce travail, je me suis rendue compte que l’on manquait de données à une échelle fine et surtout de moyens de mesurer à l’échelle de l’individu. J’avais deux possibilités pour mesurer l’exposition des touristes : utiliser des modèles déjà existants à une échelle assez large, ou utiliser des instruments de mesure qui étaient à l’époque très volumineux. Je pouvais les porter dans le cadre d’une recherche, mais je ne pouvais pas demander à n’importe qui de les porter pendant des jours durant. Ces constats m’ont poussée à m’intéresser aux capteurs miniaturisés et aux sciences participatives.

Qu’est-ce que les sciences participatives ?

S. D. Il s’agit de faire participer les citoyens à des travaux de recherche pour monter une base de données importante, mais aussi d’apprendre de leurs utilisations et de leur appropriation des capteurs. Par exemple dans mon domaine, il n’existe pas à l’heure actuelle assez de données à une échelle fine pour dire à quel niveau de pollution de l’air je suis exposée quand je me situe à tel ou tel endroit. Mon approche scientifique se veut de plus en plus à l’échelle individuelle. Je me suis donc intéressée au développement de capteurs miniaturisés et à bas coût que chaque citoyen peut porter dans son quotidien, en faisant du vélo ou en allant courir par exemple, afin de connaître son exposition à la pollution de l’air. Ces capteurs vont nous permettre de constituer une base de données scientifique alimentée par des citoyens et de réfléchir à leur représentation spatiale et temporelle. Le retour des citoyens pourra aussi alimenter des pistes de réflexion pour améliorer l’information sur les questions de qualité de l’air.

Comment allez-vous déployer ces capteurs ?

S. D. Nous avons créé les premiers capteurs citoyens au sein d’un Fablab, un laboratoire de fabrication numérique. L’idée était d’utiliser de l’électronique open source avec un système Arduino que n’importe qui peut reproduire chez lui. Lors de la prochaine Fête de la Science, nous proposerons aux visiteurs de fabriquer leur propre capteur à l’aide d’un manuel d’explication et d’un boîtier bien précis. Dans un deuxième temps, nous verrons s’ils s’approprient l’objet et quel usage ils en font.

Les capteurs miniaturisés ont un intérêt scientifique, mais ils ont aussi pour effet de sensibiliser les citoyens aux questions de la pollution de l’air…

S. D. Oui. Sensibiliser les citoyens à la pollution de l’air, c’est leur permettre d’être acteurs de leur exposition et de leur source d’émission. Cela peut avoir un impact sur la diminution de la pollution.
Publié le 22 mars 2016
Mis à jour le 8 février 2017

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