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En greffant des cellules pancréatiques synthétisant de l’insuline, dans le foie de patients atteints de diabète de type 1, une équipe de chercheurs français a démontré l’efficacité sur le long terme de cette technique pour soigner la maladie.
Cette étude dont les résultats ont été publiés en mai 2018 dans la revue scientifique The Lancet Diabetes Endocrinology, implique 15 centres hospitaliers universitaires en France, dont le CHU Grenoble Alpes et plusieurs laboratoires de l’Université Grenoble Alpes.

Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune qui détruit progressivement les cellules bêta dans le pancréas. Ces cellules endocrines , situées plus précisément dans les îlots de Langerhans, synthétisent l’insuline, hormone essentielle à régulation du taux de glucose dans le sang. Les patients atteints de diabète de type 1 produisent donc très peu voire pas du tout d’insuline. L’injection quotidienne de cette hormone (insulinothérapie) est donc pour eux vitale. Certains patients malgré une insulinothérapie intensive développent une forme rare de diabète, le diabète instable pouvant entrainer des comas hypoglycémiques. À plus long terme, des complications chroniques liées au diabète affectant le rein, le cœur, les yeux, le cerveau peuvent également apparaître.

« On ne guérit pas d’un diabète de type 1. Actuellement, le seul traitement pour les patients est l’injection sous-cutané d’insuline, plusieurs fois par jour, à vie et sans interruption » explique le Dr Sandrine Lablanche, maître de conférence universitaire et praticien hospitalier au Laboratoire Bioénergétique Fondamentale et Appliquée (LBFA – Université Grenoble Alpes / Inserm / CHU Grenoble Alpes).
Auteur principal de la publication dans The Lancet Diabetes Endocrinolgy, elle était en charge, sous la direction scientifique du Pr Pierre-Yves Benhamou et en collaboration avec 15 autres équipes hospitalières en France, du recrutement et du suivi d’une partie des patients de l’essai TRIMECO, à la recherche d’un traitement alternatif : « Cet essai visait à comparer l’efficacité de la transplantation de cellules pancréatiques à l’insulinothérapie intensive pour le traitement du diabète de type 1 » précise-t-elle.

La transplantation d’îlots, une technique prometteuse

La technique mise au point dans les années 1980 consiste à récupérer chez un donneur les îlots de Langherans situés dans le pancréas puis à les transplanter dans le foie du patient receveur, via une injection dans la veine porte. « Facilement accessible via le cathétérisme de la veine porte, le foie est le site de transplantation de référence » explique le Dr Lablanche.


© Diabetes Research Institute, University of Miami / artist: Robert Margulies


Cependant, le rendement de cette technique d’isolement des îlots reste encore faible et seulement 30 à 40% des îlots du donneur sont récupérés. Trois injections successives sont donc en général nécessaires pour remplacer l’intégralité des îlots dégradés chez le patient.

Comme toute greffe, cette transplantation nécessite par la suite un traitement anti-rejet (immunosuppresseur) longue durée qui peut exposer le receveur à des effets indésirables sévères. La sélection des patients est donc effectuée avec beaucoup d’attention, comme l’explique le Dr Lablanche : « La technique s’adresse à des patients diabétiques de type 1 qui ont déjà été greffés d’un rein, car ils ont déjà un traitement immunosuppresseur, et ne sont pas exposés à un sur-risque lié à l’immunosuppression pour la greffe d’îlot. On propose également la greffe d’îlots à des patients diabétiques de type 1 qui ont un diabète très instable malgré les injections d’insuline, et qui sont sujets aux comas hypoglycémiques. Pour ces patients, on considère que le risque lié au traitement immunosuppresseur est inférieur au risque qu’ils encourent en continuant à subir ces comas hypoglycémiques à répétition. »

L’essai TRIMECO

Pour l’essai TRIMECO, 50 patients ont été sélectionnés à travers toute la France et répartis en deux groupes. Les patients du premier groupe ont subi une greffe d’îlots immédiatement, ceux du second ont continué les injections d’insuline pendant six mois, avant d’être eux-mêmes greffés. « Jusqu’à présent, il n’y avait jamais eu d’étude contrôlée randomisée, car on considérait que ce n’était pas éthique d’utiliser un groupe contrôle qui ne subirait pas de greffe sachant que la technique est efficace dans leur cas. Nos patients ont donc tous été greffés mais à six mois d’intervalle, période qui a servi de contrôle. »

Transplantés entre 2010 et 2013, les patients ont été suivis jusqu’en 2017 et les résultats sont sans équivoque : tous les indicateurs métaboliques (béta-score) s’améliorent. « L’évaluation de l’hémoglobine glyquée, reflet de l’équilibre des glycémies sur trois mois, montre qu’après la greffe, les patients ont un diabète équilibré, contrairement aux patients non greffés » décrit le Dr Lablanche. « De même, le C-peptide, marqueur de la sécrétion d'insuline, augmente significativement chez les patients greffés, alors qu’il reste négatif chez les patients non greffés. Nous avons aussi observé que la proportion de patients faisant des comas hypoglycémiques diminue considérablement après la greffe alors que ce n’est pas le cas dans le groupe contrôle. »

Et après ?

Aujourd’hui, la transplantation d’îlots n’est accessible aux patients diabétiques que dans le cadre de protocoles d’essai clinique. « Les patients que l’on greffe sont des patients qui ont des conditions de vie très difficiles, qui ont des comas hypoglycémiques fréquents et qui ne se sentent pas en sécurité. Ce sont des gens qui ne peuvent plus travailler, plus prendre leur voiture et osent à peine sortir de chez eux pour certains » précise le Dr Lablanche. « Cette technique leur permet de reprendre une vie quasi normale. La plupart d’entre eux n’ont plus besoin d’injection d’insuline, simplement du traitement anti-rejet beaucoup moins contraignant sur le plan de la qualité de vie même s’il n’est pas sans effet secondaire. »

Maintenant que la technique est validée, l’objectif est de la rendre accessible à un plus grand nombre de patients. Les chercheurs doivent pour cela réaliser une évaluation médico-économique de la greffe d’îlots (Etude STABILOT actuellement en cours), afin d’obtenir son remboursement par l’Assurance Maladie. Une procédure qui pourrait prendre encore quelques années, mais surtout changer la vie de centaines de patients.
Publié le 14 juin 2018
Mis à jour le 14 juin 2018

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