Longtemps, le glaucome demeure invisible. Il ne se révèle souvent que lorsqu'il est trop tard. © Shutterstock
Longtemps, le glaucome demeure invisible. Il ne se révèle souvent que lorsqu'il est trop tard. © Shutterstock
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Malgré le nombre croissant de personnes atteintes d’un glaucome en France, cette maladie reste méconnue. Alors que plus d’un million de Français sont malades, la moitié d’entre eux l’ignore.

Première cause de cécité irréversible dans le monde, le glaucome est une maladie oculaire grave qui demeure peu connue des Français. Pourtant, plus d’un million d’entre eux en sont atteints, même si la moitié l’ignore.

Cette pathologie sévère de la vision, qui peut aboutir à la cécité, se manifeste par une altération du nerf optique. Celle-ci résulte dans la plupart des cas d’une augmentation de la tension intra-oculaire, qui conduit à la destruction progressive des fibres visuelles dont le rôle est d’acheminer les images jusqu’au cerveau.

De manière surprenante, les symptômes mettent du temps à être ressentis. La vision est peu à peu altérée, certaines zones du champ visuel apparaissant floues ou avec des zones sombres, d’abord en périphérie puis progressivement, au centre. Les personnes atteintes d’un glaucome ne s’en rendent pas compte et n’associent pas leurs maladresses, leur difficulté à descendre les escaliers ou leurs désagréments du quotidien à cette pathologie grave de la vision, qui peut aboutir à la cécité.

Or cette maladie, qui affecte un nombre croissant de Français, est d’autant mieux prise en charge qu’elle est détectée tôt.

Une maladie qui progresse

L’occurrence du glaucome augmente après 45 ans. En raison du vieillissement de la population, le nombre de malades va donc continuer à augmenter dans les années à venir.

Face à cet enjeu de santé publique majeur, et près de 15 ans après les dernières recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), la France devait rattraper son retard et revoir sa politique de prise en charge et dépistage de cette maladie insidieuse. C’est en bonne voie.

En effet la HAS, saisie, avec le soutien du Ministère des Solidarités et de la Santé, par l’Union nationale des aveugles et déficients visuels) (UNADEV), la Société française du glaucome et l’association France Glaucome, a inscrit les maladies de l’œil et le glaucome à son programme de travail 2019.

Si les associations accomplissent un travail de sensibilisation considérable, notamment dans le cadre de la Semaine mondiale du glaucome, l’appui des pouvoirs publics est nécessaire pour dépister le glaucome dans l’ensemble de la population et faire évoluer les modes de prise en charge de certains traitements.

Le dépistage, un enjeu de santé publique

La spécificité du glaucome est qu’il ne se manifeste qu’une fois arrivé à un stade avancé (les deux yeux n’étant pas toujours atteints de la même façon, l’un peut compenser l’autre, retardant le diagnostic), ou lors d’un contrôle chez l’ophtalmologue dans le cadre de la prescription de lunettes. En l’absence de tout contrôle, une personne peut donc être atteinte par la maladie sans le savoir, et ne la découvrir qu’une fois qu’il est trop tard, lorsque les cellules nerveuses sont détruites. Le dépistage précoce est donc primordial, d’autant plus que des traitements débutés suffisamment tôt peuvent éviter l’atteinte de la fonction visuelle.

LUNADEV et ses partenaires, organisent une campagne de sensibilisation et d’information sur le glaucome.


Pour les autorités, le dépistage permet de mieux appréhender la maladie et son occurrence, et d’ajuster les politiques de santé publique en conséquence. Pour les personnes malades, il permet de limiter la détérioration irréversible du nerf optique grâce à la prise de médicaments qui atténuent la pression intra oculaire.

Une des recommandations est donc de mettre en place un dépistage systématique chez les Français les plus à risques : les personnes de plus de 45 ans, les myopes, les sujets ayant des antécédents familiaux de glaucome ou une tension oculaire élevée, et les citoyens d’origine asiatiques ou afro-antillaise (deux catégories de personnes présentant un risque plus élevé de glaucome). Un contrôle tous les ans ou tous les deux ans est préconisé.

Choisir le bon traitement

Depuis les dernières recommandations de la HAS, l’état de la science et les techniques de prise en charge du glaucome ont évolué.

Bien qu’il n’existe toujours aucun moyen de régénérer le nerf optique, de nouveaux traitements permettent de réduire efficacement la pression oculaire, principale cause du glaucome. Pris suffisamment tôt, ils permettent de maîtriser l’évolution de la maladie, et donc de limiter le coût (social et humain) de la perte d’autonomie liée au le glaucome.

Trois traitements ont prouvé leur efficacité : les collyres (qui concernent 85 % des patients), le traitement au laser et la chirurgie filtrante. Des nouvelles techniques de chirurgie micro-invasive, reposant sur l’insertion de micro-drains dans la paroi de l’œil, sont aussi à prendre en compte lors du choix du meilleur traitement.

Le double coût de la prise en charge tardive

Lorsque le handicap visuel se manifeste, la vie quotidienne et sociale des personnes atteintes d’un glaucome est profondément perturbée. Celles-ci perdent leur autonomie sans y avoir été préparées. Leurs déplacements, leurs gestes simples du quotidien tels que la toilette, l’habillage, l’alimentation, leurs relations aux autres s’en trouvent bouleversées. Les chutes se font plus nombreuses, augmentant les risques d’accident grave. Et, pour certains patients, la dépression guette.

Cette perte d’autonomie liée à une prise en charge tardive de la maladie se traduit aussi par un coût plus élevé pour la société. Une étude de 2006 comparant les coûts non médicaux (soins en établissement, charge pour les aidants, aide à domicile, pertes de revenus, allocations handicap, etc.) associés à la déficience visuelle dans quatre pays dont la France, montre que ceux-ci sont considérables en France. Ils représentent 11 milliards d’euros par an pour les maladies visuelles incluant le glaucome, soit 8 400 euros par patients. Étant donné les enjeux de la dépendance, de tels coûts – lorsqu’ils peuvent être évités – sont inacceptables.

Inscrire le glaucome dans le futur projet de réforme de la dépendance

Les pouvoirs publics ont un rôle clef à jouer dans la mise en place d’une politique de dépistage systématique similaire à celle mise en œuvre dans la lutte contre le cancer du sein ou de la prostate. Ils doivent également s’assurer de l’homogénéité de la prise en charge thérapeutique sur l’ensemble du territoire, ainsi que de la prise en compte des dernières avancées scientifiques et technologiques dans les traitements proposés.

Le glaucome a des conséquences tangibles en matière de handicap et de dépendance. Sa prévalence croissante, liée au vieillissement de la population, en fait un enjeu de santé publique de premier plan.

Du fait de la transversalité des problématiques qui lui sont associées (dépistage, prévention, inégalité d’accès aux soins, dépendance, etc.), il est souhaitable que cette affection fasse partie du futur projet de réforme de la dépendance, appelé de ses vœux par le Président de la République. Une condition essentielle pour sensibiliser la population française et améliorer le quotidien des centaines de milliers de nos compatriotes qui sont atteints d’un glaucome…

Pour aller plus loin :
Dans le cadre de la Semaine mondiale du glaucome, l’Union nationale des aveugles et déficients visuels (UNADEV) organise avec ses partenaires une campagne nationale d’information et de sensibilisation.
Des conférences seront organisées dans plusieurs villes, tandis que le Bus du Glaucome fera halte à Lyon sur le Village du glaucome afin de proposer une consultation gratuite avec des professionnels de santé et d’informer sur la pathologie et le handicap visuel. Il poursuivra ensuite sa tournée jusqu’en juin.
The Conversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


 
Publié le 10 mars 2019
Mis à jour le 11 mars 2019

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