Richard Ying et Tangui Morlier - Wikimedia Commons
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Les résultats records des femmes lors du scrutin des midterms montrent que la parité politique est en train de devenir la norme aux États-Unis. Et la France ? Peut mieux faire !
Un nombre plus important que jamais de femmes candidates – pas moins de 400 candidates sur l’ensemble des scrutins aux États-Unis (destinés à renouveler de nombreux mandats nationaux et locaux, parmi lesquels l’ensemble de la Chambre des représentants) – ont concouru lors des des élections de mi-mandat (les « midterms » ou » midterm elections) », le 6 novembre dernier.

À ce chiffre historique s’en est ajouté un autre : le records de femmes élues. Rien que pour la seule Chambre des représentants comportant 435 sièges, 95 d’entre elles ont remporté le suffrage, contre 84 pour l’ancienne mandature.

Cette progression de la parité se double d’une représentativité supplémentaire en terme de minorités, puisque deux élues musulmanes, deux élues amérindiennes et la plus jeune élue du scrutin – l’étonnante Alexandria Ocasio-Cortez – ont intégré la Chambre des représentants au sein du groupe du Parti démocrate. Ces résultats records des femmes aux midterms des États-Unis montrent que la parité est en train de devenir la norme dans ce pays : les citoyens rechignent de moins en moins à porter des femmes au pouvoir.

Si l’on s’en tient à l’analyse des scrutins successifs par le prisme du genre, ces femmes partaient pourtant de loin : la défaite-surprise de la démocrate Hillary Clinton, alors que l’écrasante majorité des sondages la donnaient gagnante, ne permettait guère d’envisager favorablement et avec certitude l’aspiration des électeurs à voter pour une femme. Pire : la dernière ligne droite de l’élection présidentielle états-unienne a débouché sur de nombreux propos sexistes et/ou misogynes attribués à Donald Trump.

Dans ce contexte, il semblait difficile de prédire qu’une égalité femmes-hommes serait aussi rapidement renforcée par le vote des habitant·e·s des États-Unis.

Hillary Clinton, la défaite d’une candidate jugée « froide » et « masculine »

Dans son récent ouvrage Pourquoi les riches votent à gauche, Thomas Frank explique que les classes diplômées ont commencé à voter pour ce qui constitue la gauche outre-Atlantique : le Parti démocrate. En réponse, la gauche états-unienne s’est mise à s’adresser quasi exclusivement à cette catégorie sociale, délaissant les classes populaires.

Après huit années de politique surplombées par Barack Obama, nombre de démocrates ont cru tenir en Hillary Clinton la candidate qui permettrait de s’adjoindre une population dominée – au sens sociologique du terme – de plus : les femmes. Sauf que… la candidate malheureuse de 2016 a éprouvé, durant les primaires, toutes les peines du monde à se défaire de Bernie Sanders, le vieux sénateur du Vermont affichant des ambitions plus à gauche qu’Hillary Clinton.

Déçu·e·s, les jeunes qui soutenaient massivement Sanders ne se sont pas reporté·e·s aussi intensément sur la candidature de Clinton, ajoutant cette catégorie aux autres ayant fait défaut à la candidate. Parmi celles-ci, les femmes blanches n’ont pas voté massivement pour Hillary Clinton, comme on aurait pu s’y attendre : 43 % ont voté pour Clinton contre 53 % pour Trump.

 

Au-delà de son programme politique, son échec peut aussi être analysé par l’image qu’elle renvoyait aux citoyen·ne·s étas-unien·ne·s. Or, si la compétence était une qualité attribuée aisément à Hillary Clinton, celle-ci était également perçue comme froide et « trop masculine ». Des qualificatifs qui rappellent la description d’une autre femme politique : Marine Le Pen.

En France, l’échec de Marine Le Pen

De l’autre côté de l’Atlantique, en France, quelques mois après que Hillary Clinton soit passée à côté d’une élection historique, Marine Le Pen est arrivée au second tour de l’élection présidentielle de 2017. Certes, il est difficile de parler de renouveau la concernant. Héritière d’un parti familial, élue en 2004 députée européenne et conseillère régionale d’Île-de-France et déjà candidate à la présidentielle de 2012, la présidente du Rassemblement national (RN) n’est pas une novice en politique.

Et si elle est clairement la femme ayant (eu ?) le plus de chance d’atteindre le sommet du pouvoir, le débat raté – de l’aveu même de l’intéressée – d’entre-deux-tours de la présidentielle de 2017 a montré les limites de la candidature de Marine Le Pen, de son positionnement politique et de sa stratégie.

Son échec souligne également que le renouveau peut difficilement être porté par une femme active sur la scène politique nationale depuis plusieurs années, élue en 2011 au poste de présidente du RN. Les électeurs et électrices risquent de finir par se lasser d’une femme politique qui ne parvient pas à évoluer pour franchir son plafond de verre, en échappant à son genre en faveur de ses orientations politiques.

Un tel changement pourrait lui permettre d’échapper au piège de la congruence des rôles de genre, autrement dit au décalage dont sont victimes les femmes et leaders – un rôle associé à des caractéristiques stéréotypiquement masculines. Cette confusion amène à subir des conséquences néfastes en terme de perception de soi, de son comportement et de ses compétences… et, in fine, elle grève potentiellement les intentions de vote.

Renouveau relatif à l’Assemblée nationale

Toujours en France, un renouveau tout relatif concernant les femmes politiques a eu lieu lors les élections législatives de 2017, avec presque 39 % de femmes élues députées.

Néanmoins, le renouvellement qui s’est opéré sur la base du genre ne s’est pas fait sur en termes de profession et de catégorie socioprofessionnelle (PCS). Ainsi, le groupe majoritaire de La République en marche (LaREM) est certes composé de 46,8 % de femmes, mais aussi d’une majorité des cadres.

Dès lors – et même s’il faudrait nuancer ce propos en fonction du groupe politique considéré – si la représentativité des femmes s’est améliorée en France, la majorité des femmes politiques médiatisées appartiennent toujours aux PCS favorisées. Un état de fait qui contribue à perpétuer le décalage entre la représentation médiatique et la réalité sociale.

La surprise des « gilets jaunes »

Ces dernières semaines ont mis en lumière des femmes qui font de la politique et que l’on entendait peu jusqu’alors : celles qui participent au mouvement des « gilets jaunes ». Invitées sur les plateaux télé pour débattre parfois avec des professionnel·le·s de la politique, elles font de la politique, au point où le bruit court d’une possible liste aux élections européennes. Car, même si elles se prétendent apolitiques, elles sont en réalité apartisanes. Elles prennent une réelle place dans le champ politique, et font l’objet d’enquêtes sur les chaînes de télévision.


Et c’est peut-être ici que réside le vrai renouveau dans la politique, celui que l’on attendait, mais qui arrive par la voie non conventionnelle ; celui des femmes qui, comme les exemples emblématiques des nouvelles élues aux États-Unis, font partie des groupes sociaux dominés. Des femmes de classes sociales populaires ou moyennes, peu diplômées et qui ont du mal à finir le mois, qui s’expriment dans la rue, dans les assemblées générales, dans les médias. Des femmes que l’on entendait plus, dont on ne parlait plus et que les politiques menées par les derniers gouvernements successifs avaient oubliées. Des femmes qui ne sont pas des politiciennes professionnelles, mais qui ont des choses à dire et font de la politique. En somme, des femmes citoyennes.

Est-ce l’heure du renouveau en France ? Probablement. Comme aux États-Unis ? Pas encore.The Conversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.



Publié le 9 janvier 2019
Mis à jour le 10 janvier 2019

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