© Vision-R
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En dehors du jeu, c’est dans l’industrie que la réalité virtuelle et la réalité augmentée ont trouvé leurs premières applications, de la conception de produits à la maintenance de machines.

"Pour faciliter la maintenance de ses machines, Schneider Electric a développé une application de réalité augmentée. Elle renseigne en temps réel l’état de la machine et aide l’opérateur en lui indiquant sur sa tablette, les points de contrôle et les opérations à effectuer" décrit Patrick Péréa qui prépare une thèse CIFRE avec l’industriel, au LIG, sous la direction de Laurence Nigay. Ensemble, ils s’intéressent à un problème très spécifique de la réalité augmentée : la démultiplication des points d’intérêt



"Il faut un système de navigation pour indiquer à l’opérateur où il doit aller autour de la machine. Les flèches utilisées jusque-là sont intrusives et surchargent vite l’écran quand il y en a beaucoup. Elles signalent mal les points d’intérêt hors champ. C’est pourquoi, j’ai proposé un système à base de cercles. La taille du cercle indique l’amplitude du mouvement à faire pour atteindre le point, et dans le cercle figure le nombre de points dans cette direction. Le système est très intuitif et les tests effectués avec les utilisateurs ont montré qu’ils ne rataient pas la cible." Ce principe de navigation (voir photo) devrait donc rapidement être utilisé dans les applications de réalité augmentée de Schneider Electric. "Avec ce système, on localise des objets en dehors du champ visuel. Peu d’études abordent ce sujet. On l’utilise ici pour de la maintenance industrielle, mais on peut parfaitement l’appliquer pour indiquer des points d’intérêt autour de la Tour Eiffel" assure Laurence Nigay. 

En conception, c’est la réalité virtuelle qui est depuis longtemps exploitée, notamment grâce aux CAVE (Cave Automatic Virtual Environment). Au centre d’un CAVE, l’utilisateur portant des lunettes 3D, est totalement immergé dans un environnement virtuel, recréé par projection sur les murs et le sol de la pièce. Il peut manipuler des maquettes 3D virtuelles dont les mouvements sont recalculés en temps réel.

Du fait de son coût particulièrement élevé, le CAVE reste peu connu du grand public mais est utilisé dans l’industrie, notamment automobile. En 2016, le laboratoire G-SCOP dédié aux sciences pour la conception, l’optimisation et la production, a inauguré le plus petit CAVE du monde. Il est installé dans la plateforme Vision-R (*), que coordonne Frédéric Noël, Professeur Grenoble INP et chercheur au G-SCOP. "Ici, on a regroupé toutes les fonctions de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle, pour avoir une plateforme où l’on peut tester tous les usages. Notre problématique, c’est de trouver les bons outils adaptés aux besoins des concepteurs pour que ces technologies se déploient non seulement chez les grands industriels mais aussi dans les plus petites entreprises." De par sa taille réduite, ce CAVE miniature, qui mesure tout de même 2,5 mètres de côté bénéficie d’une résolution très importante et est donc bien adapté à des tâches minutieuses et de proximité. "Ce mini-CAVE permet aux ingénieurs de visualiser et valider leurs plans en 3D, mais aussi de travailler sur l’assemblage et surtout le désassemblage des pièces. Il a l’avantage de rendre la technologie accessible aux PME/PMI" continue le chercheur. La réalité virtuelle vient ainsi compléter la Conception Assistée par Ordinateur.

Du côté des startups

Inspirant les entrepreneurs du numérique, la réalité augmentée et la réalité virtuelle donnent naissance à des startups de plus en plus sophistiquées, à l’image de Drone Interactive. Créée en janvier 2018, cette startup grenobloise espère révolutionner l’industrie des loisirs avec ses attractions de pilotage de drones réels dans des environnements virtuels. Incubée par Linksium, Drone Interactive exploite des résultats de recherches menées depuis plus de quinze ans au GIPSA-lab, dans le domaine de la robotique, de l’interaction Homme-machine et de la modélisation.

Ambitionnant de la même façon de rendre les jeux vidéos encore plus réels, MA Games, projet porté par Étienne Visinoni et Grégoire Cattan, étudiants-entrepreneurs à l’Université Grenoble Alpes, allie réalité virtuelle et escape game. Coiffés de casques, les joueurs évoluent dans un environnement virtuel mais tangible et sur lequel ils peuvent donc interagir.

Dans le domaine de la santé, la réalité virtuelle pourra venir en aide aux femmes traumatisées par leur accouchement. En effet, en phase de maturation chez Linksium, le projet Accouzen, développé par Anne Denis, chercheure de l’Université Savoie Mont-Blanc au Laboratoire inter-universitaire de Psychologie (LIP-PC2S) et au Laboratoire de psychologie et neurocognition (LPNC) immerge la patiente dans une salle d’accouchement virtuelle où elle peut affronter les situations anxiogènes.

* La plateforme Vision-R est une composante de l’infrastructure européenne VISIONAIR, projet coordonné à Grenoble par Frédéric Noël rassemblant 22 partenaires issus de 12 pays.

Publié le 13 septembre 2018
Mis à jour le 14 septembre 2018

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