Jocelyne Troccaz
Jocelyne Troccaz
Sciences et technologies
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Entretien avec Jocelyne Troccaz
Médaillée d’argent 2015 du CNRS, Jocelyne Troccaz travaille dans le domaine de la robotique médicale. Elle est directrice de recherche CNRS au laboratoire TIMC-IMAG, un laboratoire multi-disciplinaire du CNRS et de l’Université Grenoble Alpes qui s’intéresse aux technologies pour la santé.

Quel est l’intérêt pour le praticien d’être assisté par un robot ?

Jocelyne Troccaz Il l’aide à réaliser des gestes un peu différemment. C’est le cas pour la chirurgie mini-invasive par exemple. Dans une situation où les organes bougent et se déforment, le robot augmente la précision de ce geste. Il y a des robots en radiothérapie qui permettent de faire une irradiation pendant que le patient respire. Ils sont capables de suivre la respiration du patient et d’adapter justement les faisceaux à la position de la tumeur en temps réel. Aujourd’hui, la tendance est aux robots qui vont dans le corps humain. L’époque des grands robots qui nécessitent de réorganiser le bloc opératoire sera bientôt révolue. À Grenoble, nous avons développé des robots plus petits, qui se posent sur le corps du patient. De nombreuses équipes étudient même des robots qui s’introduisent dans le corps du patient pour réaliser l’injection d’un produit ou une prise d’image à un endroit bien particulier.

Quels avantages la robotisation représente-t-elle pour le patient ?

J.T. En facilitant l’action du médecin, la robotisation permet d’envisager de nouvelles procédures. Par exemple, il y a de nouvelles approches de chirurgie qui s’appellent le "Notes" : on passe par les orifices naturels, comme le tube digestif ou le vagin pour atteindre des cibles intracorporelles. Sans robotisation des instruments, il est extrêmement difficile de réaliser ces nouvelles techniques. Par ailleurs, une chirurgie moins invasive permet une convalescence courte et moins de problèmes ou de douleurs post-opératoires. Comme tous les systèmes d’assistance aux gestes médico-chirurgicaux, le robot assure une qualité plus constante du geste, même quand le chirurgien est fatigué ou quand le patient est un cas particulièrement difficile.

En facilitant l’action du médecin, la robotisation permet d’envisager de nouvelles procédures chirurgicales moins invasives.
La robotisation permet d’envisager de nouvelles procédures chirurgicales moins invasives.

Dans le futur, le robot pourrait-il remplacer le chirurgien ?

J.T. Le robot est un outil du chirurgien. Un outil très élaboré, un outil connecté à de l’imagerie, à des capteurs et qui permet de faire des choses très complexes avec un haut degré d’autonomie, mais cela n’est qu’un outil. Dans l’approche que nous avons de la robotique médico-chirurgicale, le clinicien reste la personne clef du dispositif. Nous pensons que le clinicien a des compétences propres, un savoir propre, une expérience, des connaissances multiples qu’il est difficile de modéliser, de reproduire, même si l’on sait faire beaucoup de choses avec les ordinateurs. Le robot est là pour rendre un service de l’ordre de la dextérité, de la connexion avec les données informatiques. Il vient compléter la panoplie d’outils du clinicien.

Grenoble a une place à part dans la robotique médicale. Pourquoi ?

J.T. Grenoble n’est pas seule à faire de la recherche en robotique. Nous avons formé un labex, CAMI, qui implique cinq autres laboratoires français qui ne sont pas à Grenoble. Ce qui fait la spécificité grenobloise, c’est que nous avons été parmi les premiers à nous intéresser à la robotique médicale et à développer un robot en neurochirurgie utilisé en clinique. Maintenant beaucoup d’équipes s’intéressent à la robotique médicale dans le monde, mais à l’époque nous étions presque les seuls. Dès le début, il y a eu un partenariat très fort et très précoce entre les équipes scientifiques, les équipes cliniques et les industriels. C’est ce qui fait que "la mayonnaise a pris" à Grenoble.
Publié le 14 novembre 2016
Mis à jour le 6 mars 2017

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