Alexis Peulson
Alexis Peulson
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Étudiant en ingénierie hydraulique à Grenoble INP - ENSE3, Alexis Peulson s’est lancé dans un tour de l’agriculture française à vélo avec l’objectif de faire partager les pratiques et les problématiques des exploitants du pays.

Le 16 septembre dernier, Alexis Peulson a enfourché son vélo dans la cour de la ferme familiale de Châtenoy-le-Royal en Bourgogne et s’est élancé pour quatre mois de périple à la rencontre des agriculteurs français. Le projet de cet étudiant de 22 ans est né un an auparavant, lorsqu’il décide de prendre une année de césure dans son cursus d’ingénieur en Ressources en eau et aménagement (REA) pour affiner ses envies professionnelles. Engagé dans des réflexions autour du développement durable, président de l’antenne grenobloise d’Enactus, une association qui s’attache à favoriser l’esprit d’entrepreneuriat social des jeunes, il participe à un séminaire au cours duquel des personnes viennent présenter des parcours "inspirants". Il est interpellé par l’initiative d’une femme qui, pour promouvoir l’esprit d’audace, a entrepris un tour de France de marathons : tous les deux jours elle court 42 kilomètres dans une région différente.

Très vite l’idée germe et rejoint le projet plus ancien qu’il avait de parcourir les terres de Bourgogne à vélo : il fera donc un tour de l’Hexagone sur deux roues pour aller rencontrer les agriculteurs. Mais si c’est un challenge personnel, c’est aussi une volonté de partager. "Au départ, c’était vraiment juste pour moi, parce que j’avais envie de voir d’autres types d’agriculture que la polyculture-élevage de mes parents, que je connaissais. Mais les différents scandales agriculturo-médiatiques qui ont jalonné l’année ont donné lieu à pas mal de débats au sein de l’école et de nombreux étudiants venaient me voir, sachant que j’étais fils d’agriculteurs, pour me poser des questions sur l’agriculture, son fonctionnement… Je me suis rendu compte que cela intéressait beaucoup de monde" explique le futur ingénieur.

Lever la tête du guidon

Alexis Peulson part donc avec l’objectif de comprendre l’agriculture d’aujourd’hui, mais également d’imaginer celle de demain en mettant en lumière des initiatives singulières. Chaque semaine, il produit une vidéo qu’il poste sur le blog consacré à son projet pour partager la connaissance et interagir avec la communauté qui suit son voyage. L’étudiant pédale l’après-midi, il arrive sur les exploitations qu’il visite en fin d’après-midi pour s’y installer deux ou trois jours. "Le fait de dormir chez les agriculteurs, ça facilite les échanges, le diner est souvent l’occasion dès l’arrivée de discuter des sujets qui les préoccupent" confie-t-il.

Le lendemain, il va sur le terrain avec eux et fait l’expérience des contraintes qu’ils rencontrent : économiques, réglementaires ou encore sociales. "Je les interroge aussi sur les raisons pour lesquelles ils font ce métier. Je m’intéresse beaucoup à la dimension sociale du métier d’agriculteur et à la vision qu’en a le grand public" explique Alexis Peulson. "Quand je discutais d’agriculture avec des gens, ce qui m’énervait le plus, c’était qu’ils avaient souvent une vision binaire de l’agriculture : agriculture bio / agriculture non bio» complète-t-il. Son idée est de montrer qu’il y a une multiplicité d’agricultures" au-delà de cette catégorisation simpliste et qu’elles se renouvellent sans cesse. "J’ai rencontré des personnes qui font de l’agriculture bio mais qui n’en sont pas satisfaites. Elles trouvent qu’elles n’en font pas assez pour l’environnement, que le label n’est pas suffisamment riche et veulent encore faire évoluer leurs pratiques" explique-t-il.

Ses investigations sur le terrain lui ont permis de percevoir que la question des pesticides sur laquelle les attentions sont particulièrement focalisées n’est qu’une partie de la préoccupation environnementale des agriculteurs : le bilan carbone d’une exploitation agricole est une problématique tout aussi essentielle pour l’environnement.

Après avoir parcouru 3 400 kilomètres et discuté avec plus de 50 exploitants agricoles (conventionnels, bio, en permaculture, en conservation des sols) mais aussi des coopératives, des chercheurs et des ingénieurs agronomes, Alexis Peulson sera de retour dans la région grenobloise début janvier pour une session d’échanges avec ses camarades de l’Ense3 qui suivent son périple avec enthousiasme.

L’année prochaine, l’étudiant souhaite ré-intégrer une dimension agricole dans sa formation et va compléter son cursus d’ingénieur en effectuant un semestre d’échange à SupAgro Montpellier. Son objectif : lier ingénierie hydraulique et agriculture. 

 
Publié le 25 janvier 2019
Mis à jour le 30 janvier 2019

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