Edwin Mootoosamy
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Entretien avec Edwin Mootoosamy, co-fondateur du collectif OuiShare
En thèse CIFRE dans un laboratoire de l’Université Grenoble Alpes, Edwin Mootoosamy, 28 ans, est aussi l’un des co-fondateurs du collectif OuiShare qui se présente comme une communauté dédiée à l’émergence de la société collaborative et qui organise le OuiShare Fest les 5, 6 et 7 juillet 2017. Il interviendra sur le campus le 15 mai 2017 dans le cadre du cycle de conférences "les Lundis de l’innovation" pour parler des mythes et réalités de l’innovation à l’heure de l’économie de partage.

Cela fait cinq ans que le collectif OuiShare a été lancé. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’économie collaborative ?

Edwin Mootoosamy : Quand on a commencé OuiShare,  nous étions portée par une forme d’utopie, on voyait l’économie collaborative comme un levier de transformation profond de la société. Sans revendiquer la paternité du terme « économie collaborative », nous avons grandement participé à sa diffusion. On s’est rendu compte assez vite que c’était une sorte de grande banderole derrière laquelle coexistaient de nombreuses pratiques, discours liées au numérique, que ce soit la consommation collaborative, le financement collaboratif ou les makers et les fablabs... Ce qui rend le travail de définition compliqué. Cette diversité a permis que les gens s’y intéressent et que les médias en parlent. Cela a attiré l’attention des grandes entreprises et des politiques et créé du mouvement dans la société. Il y a maintenant un an, Arthur de Grave a publié un article sur le magazine OuiShare, qui s’appelle « L’économie collaborative, c’est fini » dans lequel il explique que ce terme n’est plus cohérent parce que les idéologies derrière sont trop différentes. Par exemple, on se retrouve avec d’un côté des AMAP (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) et de l’autre Uber. On voit bien aujourd’hui que ça ne peut plus tenir. Il n’y a pas une économie collaborative, mais des économies collaboratives qui correspondent à des pratiques et des idéologies différentes. Au sein de OuiShare, nous cherchons à comprendre et interroger l’impact et l’émergence de l’économie collaborative et plus largement du numérique sur la société. Nous nous efforçons de promouvoir certaines pratiques qui essaient de sortir d’un certain déterminisme technique : ce n’est pas la technologie qui va sauver le monde, c’est une tâche qui incombe aux hommes ! 

Actuellement, vous terminez votre thèse au sein du laboratoire de recherche historique Rhône Alpes (LARHRA). A-t-elle en lien avec l’économie collaborative ?

E. M. J’ai fait un CIFRE, financé par Renault et pour lequel j’ai travaillé en marge de OuiShare pendant trois ans. Mon propos consiste à sortir de la lecture générationnelle qui oppose les jeunes et les vieux sur le numérique. J’ai cherché à apposer une grille de lecture plus fine, « l’économie des grandeurs » pour reprendre le terme de Boltanski et Thévenot, pour mieux dévoiler et appréhender les mutations en cours. 

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire cette thèse ?

E. M. Je suis passé par une école de communication à Paris, le Celsa. Ensuite, j’ai travaillé dans une agence de communication, mais je me suis vite ennuyé, à la fois sur le fond et la forme. Prendre le café tous les matins avec les mêmes personnes ou attendre les vacances pour voyager d’une part et le travail qu’on me proposait d’autre part, ne me semblait pas aussi stimulant que ce que j’avais vécu pendant mes études. Comme Internet m’intéressait, pendant trois mois, j’ai essayé de rencontrer tous les gens qui partageaient mon intérêt sur ce sujet. Le but était à la fois de réfléchir sur quelque chose qui me passionne - Internet et les mutations que cela amène dans la société -, et de trouver une forme de travail épanouissante qui me permette d’avoir la main sur mon agenda et de pouvoir voyager quand je veux.  J’ai d’abord rencontré Antonin Léonard qui avait un blog sur la consommation collaborative. On a commencé à écrire ensemble et à organiser des rencontres avec des personnes également intéressées par l’économie collaborative. C’est comme ça qu’est né OuiShare. Cela a démarré assez rapidement et je sentais bien que, personnellement et même collectivement, nous n’étions pas assez armés intellectuellement pour comprendre ce qu’on était en train de faire. Je me suis dit qu’il fallait qu’on ait un recul critique plus fort. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré quelqu’un de chez Renault qui cherchait un thésard… 

Publié le 20 avril 2017
Mis à jour le 30 mai 2017

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